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Un premier travailleur agricole mexicain fait reconnaître son cancer lié aux pesticides

Date

2022

Authors

Sarah R. Champagne

Abstract

De 2012 à 2016, Armando Lazo Bautista pulvérisait des pesticides sur des pommiers et des plants de bleuets à Franklin, en Montérégie, en jeans et en t-shirt, sans masque ni vêtements ou lunettes de protection, et parfois à bord d’un tracteur. Le Tribunal administratif du travail (TAT) vient de reconnaître que son lymphome non hodgkinien est une lésion professionnelle liée à son exposition à des pesticides, une première, selon son employeur et son représentant légal.

Newspaper title

Le Devoir

Publisher

Le Devoir

Full text

De 2012 à 2016, Armando Lazo Bautista pulvérisait des pesticides sur des pommiers et des plants de bleuets à Franklin, en Montérégie, en jeans et en t-shirt, sans masque ni vêtements ou lunettes de protection, et parfois à bord d’un tracteur. Le Tribunal administratif du travail (TAT) vient de reconnaître que son lymphome non hodgkinien est une lésion professionnelle liée à son exposition à des pesticides, une première, selon son employeur et son représentant légal.

Plusieurs espèrent aujourd’hui que ce jugement fasse école, car des agriculteurs malades au Québec tentent de faire inscrire ce type de cancer dans la liste des maladies professionnelles depuis des années.

Dès 2015, les symptômes de ce travailleur agricole temporaire du Mexique s’installent et s’intensifient, mais à l’été 2016, « son état se détériore », détaille le jugement tombé en décembre dernier et accessible depuis peu. Il « crache du sang », et peu après, le diagnostic tombe. Il commence rapidement des traitements de chimiothérapie, qu’il poursuit au Mexique à partir de décembre 2016.

M. Lazo Bautista ne reviendra jamais sur le territoire canadien, puisqu’il ne participe plus au programme de travailleurs temporaires en agriculture à cause de son état de santé.

Ce n’est qu’en 2017 qu’il dépose une réclamation pour maladie professionnelle à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), après avoir appris lors d’une consultation avec un médecin que ce type de cancer est fortement lié à l’exposition à des pesticides.

Trop tard pour la CNESST, qui refuse d’examiner sa demande puisque le délai réglementaire de six mois est expiré.

Certains détails de sa version des faits sont contestés par son employeur, Les vergers Ivanhoé Faille. Ce producteur agricole de longue date a affirmé au TAT qu’il fournissait des gants de caoutchouc, un imperméable long et des bottes pour les épandages. « Tout l’équipement de protection était disponible, mais je ne peux pas vérifier s’il l’a pris sur la tablette », réitère-t-il en entrevue avec Le Devoir.

Le TAT a toutefois privilégié le témoignage de M. Lazo Bautista sur cet aspect, devant le « changement de version de l’employeur de même que son comportement très défensif », écrit la juge Sonia Sylvestre.

Au téléphone, le producteur agricole admet avoir été « émotif » : « C’est sûr que personne ne veut rendre le monde malade. Je pulvérise [des pesticides] moi aussi, j’arrose. Je le traitais bien, Armando. »

Il affirme l’avoir aidé à passer des tests médicaux rapidement et avoir prolongé le plus longtemps possible son séjour pour qu’il reçoive des traitements. « D’autres employeurs vont juste appeler l’agence [de recrutement] à Montréal et les renvoyer sur un avion », avance-t-il.

Une première au Québec ?

M. Faille se dit somme toute « plutôt surpris » de la décision, comme il sait que d’autres producteurs agricoles ont entrepris des démarches pour faire reconnaître le lymphome non hodgkinien en tant que maladie professionnelle. « Pour tous les autres, ça n’a pas abouti, alors pourquoi lui a gagné sa cause ? Je ne sais pas », poursuit-il.

« C’est une première, à ma connaissance », s’exclame aussi Michel Pilon, au téléphone. Coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), c’est lui qui a plaidé la cause de M. Lazo Bautista devant le TAT.

M. Pilon se dit très content de la décision et espère « que la CNESST sera plus ouverte aussi à regarder ces réclamations ».

Du côté de la CNESST, il n’existe pas de données sur le nombre de personnes indemnisées pour avoir développé ce cancer dans un contexte professionnel, a indiqué un porte-parole au Devoir.

Pour Romain Rigal, c’est également « une première reconnaissance ». Membre du regroupement Victimes des pesticides du Québec, il voit la décision « d’un œil très positif » : « Ce que le législateur n’a pas reconnu, les juges sont en train de l’établir. »

Québec a en effet refusé d’inscrire ce type de cancer sur la liste des maladies professionnelles en agriculture, malgré l’ajout du parkinson en octobre dernier. « La jurisprudence vient de se créer », dit M. Rigal, également directeur des programmes chez Parkinson Québec.

L’Union des producteurs agricoles a préféré ne pas commenter ce cas particulier pour l’instant. La puissante association a déjà demandé au ministre québécois du Travail, Jean Boulet, de pouvoir réviser la liste de ces maladies périodiquement afin de suivre l’évolution de la science.

Lien entre pesticides et cancer

L’important dans ce jugement était de prouver qu’il était « plus probable qu’improbable » que le lymphome résulte du risque professionnel, écrit la juge. Elle a retenu que le travailleur avait été exposé notamment à du glyphosate et à du malathion, considérés comme des substances probablement cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer.

Plusieurs études sont citées dans la décision. La France a déterminé qu’il existait un lien causal et a inscrit ce cancer au tableau des maladies professionnelles en agriculture depuis 2015.

Une action collective pancanadienne est présentement en cours contre Monsanto (Bayer). Les requérants veulent que l’entreprise indemnise les personnes qui ont reçu un diagnostic de ce type de lymphome et qui ont épandu du produit Roundup, à base de glyphosate.

Aux États-Unis, la compagnie a déjà consacré plus de 10 milliards de dollars américains pour conclure des ententes à l’amiable avec environ 125 000 demandeurs, selon ses estimations.

Au Québec, une personne incapable de travailler en raison d’une lésion professionnelle a droit à une indemnité de remplacement du revenu qui correspond à 90 % de son salaire, confirme un porte-parole de la CNESST. Dans le cas de M. Lazo Bautista, la somme pourrait donc atteindre 100 000 $ à 150 000 $, selon Michel Pilon, du RATTMAQ. Il a été « très malade » et soumis à des traitements réguliers jusqu’à récemment, affirme M. Pilon. Ses poumons semblent toujours affectés, et il y aura donc une évaluation de son aptitude au travail.

Quant à Ivanhoé Faille, il affirme utiliser encore ces pesticides, en tentant de choisir « les plus doux », dont certains utilisés en agriculture biologique. M. Faille dit aussi essayer de répondre aux demandes des consommateurs, au prix que ceux-ci veulent payer : « Tout le monde est pour le bio, mais personne ne veut acheter une pomme pas belle, ou des bleuets qui s’effoirent dans les mains. »

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